Gaming in Libraries: pourquoi le jeu vidéo en bibliothèque?
Par Laurent Événements, JV et BIB

J’ai découvert via le défunt Biblioacid l’existence du Symposium américain “Gaming In Libraries“.
J’en reparle ici dès que j’aurai un peu plus exploré le site et ceux qui en ont parlé.

[…]

(NON AU) JV COMME “PRODUIT D’APPEL”

L’intimidant “symposium” du titre m’a induit en erreur et j’aurais sans doute dû y voir le sens grec de discussion de fin de banquet plutôt que de m’attendre à des conférences très pointues sur le jeu vidéo en bibliothèque, sa conservation ou son histoire. Le jeu vidéo semble ici surtout traité comme un moyen de faire venir le public jeune à la bibliothèque. J’en prends pour exemple cette citation tirée du compte-rendu d’un des bibliothécaires participants à propos de l’organisation en bibliothèque d’un tournoi de jeu vidéo :

[…] we had one comment from a parent [who] came up to me and said, ‘Do you know this is’—this was in the middle of summer—’the first time my son has been out of bed before eleven all summer? He got himself up and showered, and to the LIBRARY, at eleven a.m. on a weekday during the summer. Thank you—for getting him out of bed this summer!’”

Traduction approximative:

[…] un parent nous a fait ce commentaire, il est venu me dire : “Savez-vous que c’est la première fois de tout l’été que mon fils s’est levé avant 11 heures? Il s’est levé, a pris sa douche et s’est rendu à 11 heures du matin à la bibliothèque en plein été. Merci de l’avoir tiré de son lit cet été!

Je ne suis ni convaincu, ni très intéressé par cette approche et je regrette finalement d’avoir commencé un premier billet à ce sujet. Mais je poursuis, puisque je vous avais promis d’en reparler.
Peut-être mon scepticisme est-il dû, pour rejoindre l’analyse de Bruit et chuchotements, à une différence de représentation des missions des bibliothèques publiques entre France et USA?

Je serais plus intéressé par une démarche qui consisterait à acquérir des jeux vidéo pour le jeu vidéo lui-même, à constituer une collection représentative de son évolution, à même d’en retracer l’histoire. Cette collection pourrait très bien être valorisée par l’organisation de tournois, ce n’est pas ce qui me gêne dans l’exemple cité ci-dessus. Non, ce qui ne me convainc pas c’est vraiment de constituer une collection ou d’organiser un événement dans le but d’en faire un “produit d’appel” vers la bibliothèque, ou vers la lecture… C’est le même raisonnement qui nous pousse(rait) à acheter plusieurs exemplaires du dernier best-seller sur lequel on porte un jugement de valeur négatif en proclamant que ça fera venir de nouveaux lecteurs qui ensuite iront emprunter Shakespeare , - insérez ici votre propre référence culturelle hautement légitime et incontestable - ou Euripide. 1-C’est à prouver. 2-Interrogeons-nous au moins sur les raisons qui font qu’on juge meilleur de lire Euripide que Tartempion et soyons au moins capables de les formuler avant de prétendre éduquer les lecteurs.

(NON AU) JV COMME SUPPORT (MÉTHODE?) D’APPRENTISSAGE

Une autre approche qui retient peu mon intérêt est d’acquérir et proposer au public des jeux vidéo pour leurs mille et une vertus dans l’aide à l’apprentissage. Le titre complet de notre symposium était d’ailleurs Gaming, learning and libraries, cela aurait dû me mettre la puce à l’oreille… Bref, comme l’affirme ce site, par exemple :

Games teach complex problem solving and collaborative learning

Traduction approximative:

Les jeux apprennent à résoudre des problèmes complexes et l’apprentissage à plusieurs (”collaboratif”)

Là encore c’est à prouver et j’ai tendance à y voir plus un argument de vente des éditeurs destiné aux parents achetant des jeux pour leurs enfants que comme une bonne raison (un alibi?) pour une bibliothèque d’intégrer des jeux vidéo à ses collections. C’est sans doute cette même approche qui fait écrire cette perle à Daniel Ichbiah, dans sa par ailleurs très agréable Saga des jeux vidéo, à propos de Sim City :

Tous les maires devraient, de temps à autre, se livrer à une partie de ce jeu. Peut-être acquerraient-ils avec le temps, un meilleur recul quant à la gestion de la ville dont ils ont la responsabilité. Et l’on serait même tenté d’inviter tous ceux qui aiment à donner des conseils en matière d’urbanisme à soumettre leur supposée sagesse à une session de Sim City. Ils en ressortiraient plus humbles et riches d’une meilleure compréhension de cette activité.

Oui, Sim City est un bon jeu, oui, il présente un intérêt certain comme représentation [◎] des mécanismes régissant une ville, mais non, je ne pense pas qu’il puisse servir de support d’apprentissage d’urbanisme ou de gestion communale.

LE JV POUR LUI-MÊME !

Pour résumer, voici mon credo : le jeu vidéo en bibliothèque, oui, mais *pour lui-même*. Intéressons-nous au jeu, à son histoire, à la formidable diversité de machines l’ayant déjà porté… C’est un support jeune, parfois maladroit et bredouillant, ne nous laissons pas aveugler par le caractère souvent fortement industriel de son édition, il porte en lui de merveilleuses possibilités narratives et artistiques qui, j’en suis certain, sont encore à venir.

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rss 5 comments
  1. Mercredi 17 mai 2006 @ 9h48 | #1

    Finalement, ce débat est le même que celui autour des disques ou des films : il ne s’agit pas de mettre ces documents parce qu’ils sont susceptibles de faire venir de nouveaux publics, mais pour leur qualité et pour le bagage culturel qu’ils amènent à la bibliothèque.

    Oui, Popoyt, je préfère cette approche du jeu vidéo en bibliothèque.
    Laurent

  2. peggy
    Mardi 5 septembre 2006 @ 18h04 | #2

    Merci ! Je crois que je vais afficher cet article sur la porte de mon bureau. C’est tellement agréable de ne pas se sentir seule…

  3. thierry
    Mardi 25 septembre 2007 @ 14h08 | #3

    Bonjour

    Une question (l’élargis un peu le thème) concernant la conservation patrimonial des logiciel en général.

    Je m’occupe d’une logithèque, nous prêtons des jeux pc/mac (acheté pour leur qualité et non comme produit d’appel) et nous disposons de logiciels anciens (Windows 98/95/3.1…cdrom et disquettes) voir très anciens (Amiga/Atari/Commodore).

    Nous déménageons en fin d’année et sommes donc en train de rééquiper tout nos logiciels récents et nous nous posons la question de la conservation pour les autres….l’aspect patrimonial est intéressant pour quel type de logiciels? Est il intéressant de conserver des supports anciens (cassettes commodore…) sachant que nous ne disposons pas du matériel pour les faire fonctionner (le problème existe aussi pour les logiciels fonctionnant sur de vieille version de Windows).

    Ma question est très ouverte et je suis a la recherche d’expériences pouvant m’inspirer.

    Merci d’avance

  4. Mercredi 5 mars 2008 @ 17h49 | #4

    @ thierry :
    A la limite, ce travail de conservation relèverait plus d’un musée, à mon avis. Etant donné que la production des appareils nécessaires pour lire ces supports anciens a cessé depuis 10, 15, voire 20 ans, il reste quand même peu de personnes qui disposent d’appareils encore fonctionnels et qui ne soient pas relègués au grenier (en dehors des collectionneurs).

    Par contre, ayez pitié, ne les pilonnez pas !

  5. Mardi 4 novembre 2008 @ 9h51 | #5

    Je sais que j’arrive après la bataille, mais je trouve ce message encore d’actualité et je partage complètement votre (ta ?) vision du jeu vidéo.

    Merci pour ce blog qui apporte un éclairage intéressant et surtout inédit sur les jeux vidéo ! En tant qu’archiviste ET gameuse passionnée, je ne peux qu’applaudir l’initiative des deux mains ! Je vais de ce pas lire les autres billets !

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